Depuis longtemps, ce que préparait l'armée allemande dans la région voisine de notre frontière orientale à quelque 20 kilomètres du fort, n'échappait à l'attention de personne. Le dimanche 26 juillet 1914 à 20 heures, le Général Gouverneur de la position fortifiée (Général Leman) prescrivait des mesures de gardes spéciales dans le fort. Le 31 juillet, ordre est donné d'entamer les opérations prévues en cas de mobilisation imminente. Toutes les pièces sont mises en état d'agir, une partie des munitions est mise à pied d'oeuvre, les locaux sont évacués en vue de préparer l'installation de la garnison mobilisée dans le fort.
1 août 1914
Le samedi 1er août est le premier jour de la mobilisation. Les travaux de mise en état et de défense se poursuivent. Les rappelés des 5, 6, 7 et 8ème classes rentrent au fort. Le fort lance ses lignes téléphoniques vers les observatoires. A sa gauche, c'est la Belle Fleur des charbonnages du Hazard à Micheroux, en passant par les postes de repli de la bure Lonette à Retinne et de la bure Saint-Charles à la gorge du fort. À sa droite, le fort est relié au clocher de Magnée en passant par les postes de repli de la Bure de Soxhluse et du clocher de Romsée, et provisoirement avec les troupes d'infanterie protégeant les travailleurs des charbonnages des intervalles vers Chantraine, Romsée et Retinne.
2 août 1914
Ordre est reçu du Gouverneur de la position fortifiée d'entamer les travaux de dégagement du champs de tir et du placement des obstructions. Les maisons et baraquements servant de logement des troupes en temps de paix sont détruits.
3 août 1914
Le temps presse, l'ultimatum de l'Allemagne ne permet plus d'illusions. A l'intérieur de l'ouvrage règne une grande activité. Des équipes de garde occupent tous les postes. La garnison du fort blinde les fenêtres des locaux de gorge à l'aide d'une double rangée de poutrelles. Avec du matériel réquisitionné auprès de l'administration des télégraphes et des téléphones ainsi qu'au charbonnage de Wérister, les soldats électriciens travaillent à établir un réseau de téléphonie intérieure reliant les coupoles et les coffres de flanquement du bureau de tir à la tourelle du phare cuirassé dont le commandant Mozin fera son observatoire. Dans les intervalles entre les forts, l'infanterie travaille activement à l'organisation de le position.
4 août 1914
À l'aube, de nombreux renseignements parviennent au fort et mentionnent que plusieurs fortes colonnes allemandes ont franchi la frontière belge à 8 heures et sont en marche vers Liège.
Garnison du fort
Ce 4 août 1914, la garnison du fort se compose de :
Artillerie
- Capitaine commandant Mozin
- Lieutenant Brasseur commandant la batterie
- Lieutenant Bandot adjoint
- Ss-lieutenant Rulin
- 307 hommes de troupe
Infanterie
- Lieutenant Marchand du 14ème de ligne
- 80 hommes de troupe
Génie
- Adjudant Coune<
Service de santé
- Médecin militaire lieutenant Deseille
- Médecin civil docteur Demolin
- deux infirmiers
Pour un total de 500 hommes officiers, sous-officiers et hommes de troupe.
L'ennemi a progressé. Grâce au service de renseignements, les observateurs du fort le suivent pas à pas. Dès la fin de l'après-midi, les troupes allemandes stationnent à portée de canon du fort de Fléron. Ils sont à Olne, Xhendelesse, Reneubois, la Bouxhe. Le fort envoie ses premiers obus. Vers 21 heures, les postes d'observation avancés de Micheroux et de Magnée sont attaqués. Grâce au soutien d'infanterie qui leur a prêté appui, ils parviennent à se maintenir. Peu après minuit, l'ennemi s'étant retiré, les canons du fort se taisent. La garnison paie cette nuit là son premier tribu à la guerre: Au moment de quitter le fort pour la relève des observateurs, deux artilleurs tombent dans le fossé de coupure d'escarpe qui est plein d'eau. L'un d'eux y trouve la mort.