La modernisation des forts de Liège durant l'entre-deux-guerres a reposé sur le tandem industriel belge Carels-ACEC pour la création de centrales électriques autonomes. Les Ateliers Carels Frères de Gand, pionniers du moteur Diesel, fournissaient les unités thermiques de forte puissance, tandis que les Ateliers de Constructions Électriques de Charleroi (ACEC) livraient les génératrices et les tableaux de commande. Ces groupes électrogènes étaient vitaux pour alimenter les nouveaux projecteurs de surveillance et les moteurs de rotation des tourelles, remplaçant définitivement l'énergie vapeur de l'époque Brialmont. Cette collaboration entre le savoir-faire mécanique gantois et l'expertise électrique carolorégienne a permis de doter les forts d'une indépendance énergétique indispensable face aux nouvelles exigences de la guerre moderne.
En 1940, les forts de Tancrémont, d'Aubin-Neufchâteau et les anciens ouvrages modernisés de Liège étaient équipés de groupes électrogènes animés par des moteurs Diesel Carels à 3 cylindres. Développant environ 150 chevaux, ces moteurs gantois étaient couplés à des alternateurs ACEC pour fournir l'énergie nécessaire aux systèmes de combat, à la ventilation et aux puissants projecteurs de 150 cm. Contrairement aux imposantes unités à 4 cylindres de Battice ou Eben-Emael, ces moteurs 3 cylindres offraient un compromis idéal entre encombrement et puissance pour les forts de taille intermédiaire. Aujourd'hui encore, les salles des machines de Tancrémont et d'Aubin-Neufchâteau témoignent de la robustesse de cette ingénierie belge, restée opérationnelle jusqu'aux ultimes combats de mai 1940.