Génicourt (fort de)[g19][49.057933 N, 5.444708 E]

Rideau défensif des Hauts de Meuse, 1878-1880. 359 m/alt. 725 hommes, 41 pièces. Dénommé fort La Moskowa. Ce très vaste fort avait, en plus de la mission de protéger les intervalles vers Haudainville et Troyon, celle de s’opposer non seulement à une attaque venant de la Woëvre (hors de ses vues), mais aussi à un franchissement de la Meuse. Lorsqu’on en consulte le plan, il semble d’un abord assez classique : grand fort pentagonal, avec gorge rentrante devancée par un ravelin. Là commence précisément sa différence. Ce ravelin possède son propre fossé rattaché à celui de gorge. La défense des deux fossés cernant le ravelin était confiée à des coffres dans l’escarpe même du fort. Sur la gauche du ravelin, longeant la contrescarpe, une passerelle permettait de franchir le fossé. Peu après, le chemin d’accès devait franchir un haha dont le pont roulant à effacement latéral pouvait être retiré sous un corps de garde. Ce corps de garde constituait le local le plus à gauche d’un arc de cercle de six casemates à tir indirect. Cet arc couvrait une centaine de degrés en direction de la vallée de la Meuse. En son centre, accessible via l’arrière des casemates toutes reliées par un large couloir commun, un escalier permet d’accéder à un poste de communications optiques casematé. Trois créneaux y permettaient de converser en code avec les forts du Camp des Romains, de Troyon et d’Haudainville. Dans le creux de l’arc, face à l’entrée, se trouvaient des écuries où, bien plus tard, on installa un groupe électrogène. L’entrée de Génicourt s’ouvre au centre d’une courtine assez large. Deux galeries d’escarpe prolongent les coffres défensifs de cette courtine pour rejoindre l’axe des fossés du ravelin. Le tunnel de l’entrée est assez long. Sur sa gauche, avant qu’il ne débouche à hauteur du casernement des officiers, se trouve le puits d’eau potable. Le casernement des officiers aligne cinq travées sur un seul niveau, en direction du front I-II. Symétriquement s’étalent celles de l’infirmerie en direction du front IV-V. Chaque extrémité de cette première cour donne sur un passage en tunnel allant rejoindre la rue du rempart. Chacun de ces tunnels donne sur le sas d’entrée d’un magasin à poudre. Celui de droite a conservé des corbeaux et, singulièrement, le centre des vides ventilés sous-jacents a été surcreusé de façon à ménager des banquettes sur les côtés. La galerie en capitale poursuit sa course jusqu’à la caponnière double de tête. Avant d’y arriver, elle passe sous une traverse maçonnée séparant les deux cours en puits de lumière du casernement de la troupe. Ce genre de cour et la défense tous azimuts ne trompent pas ; nous sommes bien dans un fort d’arrêt. Cette traverse centrale permet, par un passage à la voûte en anse de panier, d’aller d’une cour à l’autre. Au-dessus de cette voûte, un couloir avec de fausses fenêtres facilitait la circulation entre les étages du casernement. Côté fronts de tête (II-III et III-IV), à l’arrière des chambrées du rez-de-chaussée, un couloir donnait accès à quatre casemates à tir indirect. La rue du rempart, continue du saillant I au saillant V, longe dix-sept traverses-abris dont neuf enracinées parmi lesquelles six peuvent officier comme casemates à tir direct. Chacun des saillants comporte en outre une bonnette d’infanterie. Les caponnières, deux simples aux saillants pairs et une double à la tête, avaient en charge la défense des fossés. Le fort ne fut pas modernisé après la crise de l’obus-torpille. On lui creusa seulement, dans la contrescarpe de chacun des fossés du ravelin, de profonds magasins sous roc, chacun avec deux escaliers d’accès. En septembre 1914, il soutînt le fort de Troyon qui avait à subir bombardements et attaques, mais c’est surtout au capitaine de réserve Léon Pamart que Génicourt doit d’être un fort hors du commun. Ce dernier y tenait garnison et commença dès 1914 à y faire creuser des galeries profondes. Il fut aussi et surtout le créateur de la fonderie de Dieue-sur-Meuse où il mit au point un modèle de perceuse pour foncer des galeries. Cette fonderie fabriqua, notamment, 357 perforatrices et 900 wagonnets destinés aux travaux de creusement des galeries dans les forts du Verdunois. Les cloches pour mitrailleuses, de sa conception, seront quant à elles coulées en Haute-Marne, au sein des fonderies Capitain-Gény à Bussy et Hachette-Driout à Saint-Dizier. Ces cloches avaient un blindage de 6 à 14 cm d’épaisseur. Génicourt fut ainsi le premier fort à voir ses glacis défendus par des cloches, d’abord à créneau unique (8 exemplaires posés dont 6 à Gènicourt), ensuite, dès septembre 1916, à deux créneaux (26 exemplaires posés dont 2 à Génicourt). Ces cloches parsèment encore aujourd’hui les glacis. L’une d’entre-elles, du modèle à créneau unique et située non loin du saillant V du fort, a probablement fait l’objet d’un test U.S. en 1944 mais la fonte, au lieu d’être percée, a tout simplement cassé sur une large surface. Pour relier toutes ces cloches, il a fallu creuser un réseau extrêmement étendu passant par les magasins de contrescarpe. Sous le fort, ce réseau est connecté à un réduit et une salle intercepte l’ancien puits d’eau potable obturé dans sa partie haute. Cette salle et les puits des cloches Pamart sont seuls bétonnés. Le reste des galeries se trouve dans des états variables, mais globalement, même pour gagner un secteur passablement intact, il convient toujours de franchir des passages délicats, donc déconseillés. Au moment d’écrire ces lignes (07/2008), il est d’ailleurs question d’en obturer tous les accès. Comme autre construction de guerre, le fort s’est vu couler deux observatoires bétonnés sur les dessus du casernement de la troupe. Ces mêmes dessus devaient pouvoir recevoir de l’artillerie puisqu’une cage d’escalier entoure un large puits et se termine dans sa partie haute par un escalier-rampe. Le double four à pain (2 x 300 rations), demeuré intact jusqu’en 2006 a, depuis, été vandalisé et ses parties métalliques récupérées. Il en est de même des édicules Goux qui se trouvaient au saillant V. Toujours demeuré en terrain militaire, le fort souffrait de son abandon. Singulièrement, dans les années 1990’, il était devenu un lieu de rendez-vous de motards et était même renseigné comme tel dans certains milieux, allemands notamment. De fait, nous y fîmes notre première visite un lendemain de nuit de sabbat où des dizaines de motards hirsutes dormaient à même le sol, ivres ou hagards, dans tout le casernement. Les détritus en tous genres, y compris organiques, accompagnant ce genre de festivités n’incitaient pas vraiment à une exploration en règle, aussi, pour boucler valablement le sujet nous fallut-il pas moins de trois autres visites. Heureusement, en 2001, l’armée procéda au nettoyage et au placement d’un fort rail en avant du ravelin. Cette seule précaution (accompagnée toutefois d’une surveillance resserrée) mit un terme aux occupations indésirables. Seuls des vandales et des tagueurs (pardon pour le lapsus) réussissent encore à lui nuire.

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